Roger Moride, l’aventurier

L’histoire de l’émigration bretonne en Amérique du Nord est souvent racontée à travers les agriculteurs, les commerçants ou les entrepreneurs. Pourtant, certains Bretons ont également marqué la culture et le cinéma de leur pays d’adoption. Roger Moride fait partie de ces personnalités remarquables.

Né en Bretagne en 1922 et décédé au Québec en 2020, Roger Moride a mené une vie digne d’un roman d’aventures. Cinéaste, directeur de la photographie, marin, voyageur et militant de la culture bretonne, il a laissé une empreinte durable des deux côtés de l’Atlantique.
Une enfance bretonne tournée vers l’aventure
Roger Moride voit le jour à Landerneau mais grandi à Fouesnant, dans le Finistère. Très tôt, il développe une curiosité pour le monde et les techniques modernes. Après sa jeunesse en Bretagne, il rejoint Paris afin d’étudier le cinéma.
À cette époque, le cinéma français connaît une période de renouveau. Le jeune Breton se passionne pour les métiers de l’image et de la prise de vue. Il apprend les techniques qui feront plus tard sa réputation.
Il participe au début de sa carrière au tournage du célèbre film Jour de fête de Jacques Tati comme assistant caméraman. Ce film est sorti en noir et blanc mais une copie fut filmée en couleur et Roger Moride en fit la promotion en 1995. Cette expérience lui ouvre les portes d’un univers qui deviendra sa passion durant toute sa vie. (AlloCiné)
Bande annonce du film Jour de fête de Jacques Tati. Promotion de Roger Moride en 1995.
Une traversée de l’Atlantique hors du commun
L’aventure attire Roger Moride autant que le cinéma.
En 1949, Il traverse l’Atlantique sur un voilier de neuf mètres pour rejoindre le Brésil où il doit tourner un documentaire. Il en réalise plusieurs : Monaco-Rio, Fazenda Brésilienne, Bahia la Sainte, Carnavals brésiliens, Reptiliana, Chico le Pêcheur. Il séjourne au Brésil plusieurs années. Cette expérience forge son caractère et nourrit son regard sur le monde. (Dignity Memorial).
En 1955, il part rejoindre dans l’Ontario au Canada, son ami d’adolescence, Jean Montaufray, l’un des émigrés de Gourin (Morbihan). Il s’installe alors définitivement à Montréal où il se marie en 1961 avec Rachel Perron avec qui il a deux filles, Yola et Gwen.
Comme beaucoup de Bretons attirés par les grands espaces, il peut poursuivre sa carrière tout en conservant sa langue et sa culture.
Roger Moride réalisera « la borne du vieux monde », selon Anatole Le Braz.
Une figure importante du cinéma québécois
Les années 1960 et 1970 constituent l’âge d’or de la carrière de Roger Moride.
À une époque où le documentaire québécois connaît un développement spectaculaire, il devient l’un des directeurs de la photographie les plus recherchés. Son sens du cadrage, sa maîtrise de la lumière et sa capacité à travailler dans des conditions difficiles lui valent une solide réputation.
Au fil des décennies, il participe à plus de quatre-vingt-dix productions. Son nom est associé à plusieurs réalisateurs majeurs du Québec, notamment Arthur Lamothe, Gilles Carle, Bernard Devlin et les frères Lamy. Il filmera les Amérindiens et notamment les Innus. Il participe également à des captations liées aux Jeux olympiques de Montréal de 1976. (AlloCiné)
Son travail est particulièrement reconnu dans le domaine du documentaire. Caméra à l’épaule, il accompagne des équipes sur le terrain afin de témoigner des réalités humaines et sociales du Québec contemporain.
Pour de nombreux cinéastes, Roger Moride appartient à cette génération de techniciens passionnés qui ont contribué à bâtir l’identité du cinéma québécois moderne.

Le Silence des Fusils (1996): Avec comme acteur principal Jacques Perrin, une réalisation d’Arthur Lamothe et Roger Moride, Directeur de la photographie.
En 1994, Roger Moride reçoit le prix Kodak Century Award en reconnaissance de sa remarquable contribution à l’art de la cinématographie.
Un amoureux de la Bretagne jusqu’à la fin de sa vie
Malgré son installation définitive au Québec, Roger Moride ne rompt jamais ses liens avec la Bretagne.
Il retourne régulièrement dans son pays natal. Ses racines bretonnes demeurent au cœur de son identité. Plusieurs témoignages soulignent son attachement à la langue, aux traditions et à l’histoire de la Bretagne. (Dignity Memorial)

Photo Ouest-France: Roger Moride dans sa résidence secondaire de l’Hôpital-Camfrout (29).
À travers son engagement associatif, il devient même l’un des principaux ambassadeurs de la culture bretonne au Québec.
À la tête de l’Union des Bretons Inc.
L’une des contributions les plus importantes de Roger Moride à la communauté bretonne d’Amérique du Nord demeure son implication au sein de l’Union des Bretons Inc.
Pendant plusieurs années, il en assure la présidence. Cette fonction lui permet de renforcer les liens entre les Bretons installés au Québec et leur région d’origine. (Dignity Memorial)
Sous son impulsion, l’Union des Bretons poursuit plusieurs objectifs :
- maintenir les traditions bretonnes ;
- accueillir les nouveaux arrivants ;
- favoriser les échanges entre la Bretagne et le Québec ;
- promouvoir la culture bretonne auprès du grand public québécois ;
- organiser des rencontres festives et culturelles.
À cette époque, les activités de l’Union attirent régulièrement plusieurs centaines de participants.
Les événements bretons qu’il a contribué à développer
Même si les archives détaillées de l’association restent parfois difficiles à retrouver, plusieurs sources montrent que Roger Moride fut très actif dans l’organisation de rassemblements communautaires.
Les fêtes bretonnes organisées à Montréal occupaient une place importante. Ces rencontres permettaient aux familles bretonnes de se retrouver autour de repas traditionnels, de spectacles musicaux et de conférences historiques.

Photo Jean François Baudet: La fête des Bretons à la Cabane à sucre du Mont Saint-Hilaire (Québec) en 1995.
Les célébrations de la Saint-Yves, patron des Bretons, faisaient également partie des rendez-vous incontournables.
Sous sa présidence, l’Union encourage aussi les échanges avec les artistes bretons de passage au Québec. Musiciens, écrivains et conférenciers trouvent alors dans l’association un point d’ancrage privilégié.
Roger Moride participe également à la promotion de la Bretagne lors de grandes manifestations culturelles québécoises. Dès les années 1960, il regrette publiquement la faible présence de la Bretagne lors de certains événements internationaux organisés à Montréal, démontrant ainsi son désir de voir sa région mieux représentée en Amérique du Nord. (Bibliothèque IDBE)

Un passeur entre deux rives de l’Atlantique
Roger Moride appartient à cette catégorie rare d’émigrants qui ont réussi à devenir pleinement Québécois sans jamais cesser d’être Bretons.
Par son métier de directeur de la photographie, il a participé à l’émergence du cinéma québécois moderne.
Par son engagement associatif, il a contribué à maintenir vivante la mémoire de la Bretagne auprès des descendants d’émigrants.
Par son parcours personnel, il symbolise enfin l’aventure humaine qui unit depuis des siècles les populations bretonnes et nord-américaines.
Un héritage à préserver
Lors de son décès en juin 2020, de nombreux hommages ont souligné la richesse de son parcours. Tous évoquent un homme passionné, curieux et profondément attaché à ses racines. (Films du Québec)
Pour les membres de Bretagne Transamerica, Roger Moride représente bien davantage qu’un cinéaste.
Il incarne l’esprit d’ouverture, de courage et de fidélité qui caractérise tant de Bretons partis construire leur vie de l’autre côté de l’océan.
Son histoire rappelle que l’émigration bretonne ne se limite pas aux chiffres et aux statistiques. Elle est aussi faite de destins individuels exceptionnels.
Roger Moride fut l’un de ces bâtisseurs de ponts entre la Bretagne et le Québec.
Son œuvre cinématographique et son engagement communautaire continuent aujourd’hui d’inspirer ceux qui s’intéressent à l’histoire des Bretons d’Amérique.
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