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Quand les Bretons d’Amérique revenaient au pays…

Le témoignage bouleversant de Marie-Jeanne Jaffrenou

Photo Ouest-France : Cette coupure de presse de 1967 constitue un témoignage rare de ce qu’ont vécu des milliers de Bretons partis tenter leur chance en Amérique au début du XXᵉ siècle.

Les archives locales réservent parfois de véritables trésors. C’est le cas de cette coupure de presse datant vraisemblablement de l’été 1967, récemment remise en lumière par Noël Le Goff, passionné de l’histoire de Gourin et de sa région. (Facebook)

À travers quelques colonnes de journal, c’est toute l’histoire de l’émigration bretonne vers l’Amérique qui ressurgit.

Une Gourinoise revient après trente-huit années d’absence

L’article raconte le retour de Marie-Jeanne Jaffrenou, née Lamotte, originaire de Traouen, sur la commune du Saint. Partie en 1929 avec son mari pour rejoindre les États-Unis, elle revient dans son pays natal trente-huit ans plus tard.

Le calcul permet de situer cette visite à l’été 1967. Même si la date du journal n’apparaît pas sur la coupure, tous les éléments concordent. Elle est arrivée en France le 11 juillet et devait reprendre l’avion à Orly le 24 août.

Son histoire ressemble à celle de centaines de familles des Montagnes Noires.

Partir pendant la grande crise

L’année 1929 marque un tournant dans l’histoire mondiale.

Le krach de Wall Street déclenche une crise économique sans précédent. Pourtant, pour de nombreux habitants de Gourin, du Saint, de Langonnet ou de Roudouallec, l’Amérique représente toujours un immense espoir.

Depuis plusieurs décennies, les premiers émigrés ont ouvert la voie. Ils écrivent à leurs proches, envoient de l’argent et facilitent l’arrivée des nouveaux venus.

Marie-Jeanne Jaffrenou fait partie de cette génération qui quitte sa Bretagne pour construire une nouvelle vie outre-Atlantique.

Un pays complètement transformé

Ce qui frappe dans ce témoignage, c’est le choc ressenti lors du retour.

Elle retrouve bien sa famille. Mais elle ne reconnaît plus son pays.

Ses mots sont particulièrement émouvants lorsqu’elle évoque le village de Kerrouarch :

Panneau Kerrouach

« À mon départ, il y avait cinq foyers à Kerrouarch, et j’y ai trouvé le désert complet. Il n’y a que des maisons vides qui tombent en ruines. »

En quelques phrases, elle décrit toute la réalité de l’exode rural breton.

Pendant qu’elle construisait sa vie aux États-Unis, de nombreux villages des Montagnes Noires se vidaient peu à peu.

Les jeunes partaient vers Paris, les grandes villes françaises ou l’étranger. Les exploitations disparaissaient et certaines maisons étaient progressivement abandonnées.

Une Bretagne qui renaît

Mais Marie-Jeanne découvre également une Bretagne en plein développement.

Elle remarque les nombreuses constructions nouvelles autour de Gourin.

Elle confie ne plus reconnaître la sortie de la ville en direction du Saint, où les maisons semblent désormais se succéder presque sans interruption jusqu’à Bouthiry.

Cette observation est précieuse.

Elle montre que la Bretagne des années 1960 n’est plus celle qu’avaient quittée les émigrés avant la Seconde Guerre mondiale.

Une famille devenue américaine

Le reportage souligne aussi la réussite de son intégration.

Ses deux filles ont épousé des Américains.

Ses trois petits-enfants sont citoyens des États-Unis.

Comme beaucoup de Bretons partis au début du XXᵉ siècle, Marie-Jeanne conserve son attachement à sa terre natale tout en étant devenue pleinement américaine.

Cette double identité caractérise une grande partie de la diaspora bretonne.

Un témoignage qui représente des milliers de destins

Cette coupure de presse dépasse largement l’histoire personnelle de Marie-Jeanne Jaffrenou.

Elle raconte le parcours de milliers de Bretons qui ont quitté leur pays dans l’espoir d’une vie meilleure.

Beaucoup étaient partis avant la Seconde Guerre mondiale.

Le conflit mondial, les difficultés financières ou l’éloignement les empêchèrent ensuite de revenir pendant plusieurs décennies.

Lorsqu’ils retrouvèrent enfin leur Bretagne, ils découvrirent un territoire profondément transformé.

Les villages avaient changé.

Les paysages avaient évolué.

Certaines familles s’étaient dispersées.

D’autres avaient disparu.

Préserver la mémoire de l’émigration

La republication de cette coupure par Noël Le Goff permet aujourd’hui de transmettre cette mémoire aux nouvelles générations. (Facebook)

Chaque photographie, chaque article de journal et chaque témoignage constituent une pièce essentielle du puzzle de l’émigration bretonne.

À Bretagne Transamerica, nous avons à cœur de préserver ces histoires familiales qui relient encore aujourd’hui la Bretagne à l’Amérique du Nord.

Car derrière chaque nom figurant dans les archives se cache une aventure humaine faite d’espoir, de courage, de nostalgie et d’attachement à la terre natale.

Le témoignage de Marie-Jeanne Jaffrenou nous rappelle que, même après trente-huit années d’absence, un Breton n’oublie jamais le pays où il est né.

Gourin dans les années 60
méchoui avec le stade breton
coupure de journal collection Noël Le Goff

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