De Paimpol à Great Brehat : cinq siècles d’histoire entre la Bretagne et l’Amérique du Nord

Lorsque l’on évoque les relations entre la Bretagne et l’Amérique du Nord, on pense spontanément aux émigrants partis vers les États-Unis ou le Canada au XIXᵉ siècle. Pourtant, cette histoire est bien plus ancienne. Dès le début du XVIᵉ siècle, des centaines de marins bretons traversaient déjà l’Atlantique pour rejoindre les côtes de Terre-Neuve et du Labrador, à la recherche d’une richesse alors inestimable : la morue.

Parmi eux figuraient de nombreux pêcheurs originaires du Goëlo, de Paimpol, de Bréhat, de Ploubazlanec, de Binic ou encore de Saint-Quay-Portrieux. Pendant plusieurs siècles, ils allaient écrire l’un des premiers chapitres de la présence bretonne en Amérique du Nord.

Les pêcheurs du Goëlo, pionniers de l’Atlantique Nord
Au début des années 1500, les marins européens découvrent les immenses bancs de morue qui entourent Terre-Neuve. Très rapidement, les ports de Bretagne nord s’organisent pour envoyer chaque printemps des navires vers ces nouvelles zones de pêche.
Le voyage dure plusieurs semaines. Les équipages affrontent les tempêtes de l’Atlantique Nord, les brouillards du détroit de Belle Isle, les glaces dérivantes venues du Groenland et les eaux froides du Labrador.

À leur arrivée, ils ne trouvent ni port ni village. Ils installent eux-mêmes des campements saisonniers sur les plages abritées. Les poissons sont aussitôt vidés, salés puis étendus sur des « graves », ces grandes plages de galets où ils sèchent au soleil et au vent. Durant tout l’été, ces rivages prennent l’allure de véritables villages bretons temporaires avant d’être abandonnés à l’automne.
Bien avant les grandes vagues d’émigration, ces pêcheurs furent ainsi parmi les premiers Bretons à fréquenter régulièrement le continent nord-américain.
Great Brehat : un morceau de Bretagne au Canada
Parmi les nombreux lieux qui témoignent encore aujourd’hui de cette présence française figure un petit village de Terre-Neuve au nom étonnamment familier : Great Brehat.

Photo: Great Brehat Wharf Committee
Situé sur la côte nord-est de Terre-Neuve, à quelques kilomètres seulement du Labrador, ce village tire très probablement son nom de l’Île de Bréhat, au large de Paimpol.
Pour les marins bretons, ce secteur constituait un excellent mouillage pour préparer la morue avant le retour vers l’Europe. Au fil des décennies, le nom de Bréhat est resté attaché au lieu jusqu’à devenir officiellement Great Brehat.
Ce simple toponyme est aujourd’hui l’un des plus anciens témoignages de la présence bretonne en Amérique du Nord. Il rappelle que plusieurs générations de marins du Goëlo ont laissé leur empreinte sur les rivages canadiens, bien avant la fondation de nombreuses colonies permanentes.

Lorsque l’on visite Great Brehat aujourd’hui, il est difficile d’imaginer qu’au XVIᵉ siècle ces côtes étaient animées chaque été par des dizaines de navires venus de Bretagne. Pourtant, derrière ce nom subsiste toute une mémoire maritime reliant directement Paimpol, Bréhat et Terre-Neuve.

Photo TV5 Monde: Terre-neuvas
De la pêche à l’amitié entre les peuples
Cinq siècles plus tard, les relations entre la Bretagne et l’Amérique du Nord ne se limitent plus aux campagnes de pêche.
Elles reposent désormais sur des échanges culturels, historiques et humains qui entretiennent cette mémoire commune.
C’est dans cet esprit que le Comité de jumelage Paimpol – Vermilion organise, du 15 au 20 août 2026, une exposition exceptionnelle consacrée aux liens entre la France et les États-Unis.

Cette manifestation intervient dans un double contexte historique :
- le 82ᵉ anniversaire de la Libération de la Bretagne par les troupes américaines du général Patton ;
- le 250ᵉ anniversaire de l’indépendance des États-Unis, célébré tout au long de l’année 2026.
Alors que le contexte international rappelle combien les relations entre les peuples restent précieuses, cette exposition met en lumière plusieurs siècles d’amitié franco-américaine.
Quatre grands thèmes seront présentés au public :
- l’histoire comparée de la France et des États-Unis ;
- les Bretons aux États-Unis ;
- la Libération de la Bretagne en 1944-1945 ;
- l’histoire des villes jumelles de Vermilion et de Paimpol.
L’événement a reçu le label Freedom 250 décerné par le service de Diplomatie publique de l’Ambassade des États-Unis en France, une reconnaissance qui souligne la qualité de cette initiative mémorielle.
L’exposition figure également parmi les manifestations officielles du programme America 250 de l’Ambassade des États-Unis en France.
Une histoire qui continue
À Bretagne Transamerica, nous avons souvent raconté l’histoire des Bretons partis construire une nouvelle vie au Canada ou aux États-Unis.
Mais avant eux, d’autres Bretons avaient déjà franchi l’Atlantique.
Ils ne venaient ni pour coloniser ni pour s’installer durablement. Ils venaient pêcher, travailler et rapporter la morue qui nourrissait l’Europe.
Sans le savoir, ils furent les premiers ambassadeurs de la Bretagne sur les rivages de l’Amérique du Nord.
Aujourd’hui encore, des noms comme Great Brehat, des archives conservées à Terre-Neuve et les initiatives d’associations comme le Comité de jumelage Paimpol – Vermilion rappellent que cette histoire commune est toujours vivante.
Entre les premiers pêcheurs du Goëlo, les habitants de Great Brehat et les échanges culturels d’aujourd’hui, plus de cinq siècles d’histoire continuent de relier la Bretagne à l’Amérique du Nord.
Informations pratiques
Exposition : Les liens entre la France et les États-Unis
Dates : du 15 au 20 août 2026
Lieu : Paimpol
Entrée : gratuite et en accès libre.
Cette exposition bénéficie du label Freedom 250 de l’Ambassade des États-Unis en France et s’inscrit dans les célébrations officielles du 250ᵉ anniversaire de l’indépendance américaine.

Regards Croisés, 250 Ans d’Histoire(s) et d’Amitié.

Du 18 août au 6 septembre 2026 au château de Tronjoly à Gourin(56)
À travers des panneaux illustrés, des documents historiques et des récits de parcours individuels, les visiteurs découvrent les multiples facettes de cette amitié franco-américaine. L’exposition évoque notamment l’aide apportée par la France pendant la guerre d’Indépendance américaine, les échanges économiques développés au fil des décennies, ainsi que les nombreux liens culturels et universitaires qui continuent aujourd’hui de rapprocher les deux rives de l’Atlantique.





