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Deux médecins bretons chez les peuples autochtones d’Amérique du Nord

Lorsque l’on évoque l’émigration bretonne vers l’Amérique du Nord, on pense souvent aux cultivateurs partis coloniser les grandes plaines canadiennes ou aux chercheurs d’or attirés par le Klondike. Pourtant, certains Bretons ont vécu des aventures encore plus extraordinaires.

Parmi eux figurent Édouard Ménager et son gendre Joseph Audic, deux médecins bretons qui, au début du XXᵉ siècle, quittèrent la France pour exercer leur profession auprès des peuples autochtones du Canada et du nord-ouest des États-Unis.

Leur histoire constitue l’un des épisodes les plus étonnants de l’émigration bretonne en Amérique.

Tim de la tribu des black feet

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Le docteur Édouard Ménager quitte Nantes pour le Canada

Né le 23 juillet 1851, Édouard Ménager effectue ses études de médecine à Rennes avant d’exercer durant près de trente années à Nantes.

En 1902, à l’âge de 51 ans, il prend une décision radicale : vendre tous ses biens et partir avec son épouse Henriette Le Provost et treize de leurs quatorze enfants vers le Canada.

La famille embarque au Havre, fait escale à Liverpool puis rejoint Québec avant de traverser le continent jusqu’à Duck Lake, dans le nord de la Saskatchewan.

Comme beaucoup de colons français installés dans cette région, les Ménager doivent tout construire.

Ils défrichent une terre vierge, édifient des maisons en rondins et affrontent des hivers particulièrement rigoureux.

Édouard Ménager écrira plus tard avoir dû clouer des planches sur les poules afin d’empêcher leurs pattes de geler.


Une nouvelle vie dans l’État de Washington

Le climat extrêmement difficile pousse finalement la famille à quitter le Canada.

Elle s’installe près de Spokane, dans l’État de Washington.

Bien qu’il ne maîtrise pas encore l’anglais, Édouard Ménager réussit à obtenir une licence américaine de médecine en passant son examen… en latin.

En 1905, il reprend ainsi son activité médicale.

Son parcours illustre parfaitement la capacité d’adaptation de nombreux émigrants bretons installés en Amérique du Nord.


Joseph Audic devient le médecin des réserves indiennes

Le destin de Joseph Audic, né à Pontivy* en 1874, est tout aussi remarquable.

* Selon certaines sources: Brest (pierre tombale) ou Auray (livret militaire)

Diplômé de médecine à Nantes, jeune médecin à Guémené-sur-Scorff, il rencontre Marie-Lucie Ménager, qu’il épouse peu après avoir rejoint la famille au Canada.

Mariage de Joseph Audic

Photo: 1903, Mariage de Joseph Audic et Marie-Lucie Ménager à Dukelake dans le Saskatchewan.

Après avoir obtenu les équivalences de son diplôme aux États-Unis, il est nommé médecin dans plusieurs réserves indiennes par le gouvernement américain.

Il exerce notamment auprès des :

  • Cœurs d’Alène (Coeur d’Alene)
  • Nez-Percés
  • Flatheads (Salish)
  • ainsi que dans plusieurs missions jésuites du Montana et de l’Idaho.
chef joseph

Une médecine au cœur du Far West

Les conditions d’exercice sont particulièrement difficiles.

Lorsqu’un malade a besoin de lui, un membre de la tribu vient chercher le médecin avec deux chevaux.

Joseph Audic raconte qu’il lui suffisait de monter sur l’un d’eux, lequel retrouvait instinctivement le campement indien, traversant rivières, broussailles et chemins escarpés.

Le médecin arrivait parfois sérieusement secoué avant même de commencer ses soins.

Les moyens thérapeutiques restent modestes.

Son épouse prépare notamment un sirop contre la toux distribué aux familles autochtones.

Les honoraires sont parfois surprenants.

Photo générée par IA selon les informations recueillies: Joseph Audic reçoit trois poulets….

À la suite d’un accouchement difficile, Joseph Audic recevra… trois poulets en guise de remerciement.


Une rencontre entre deux cultures

Au-delà de la médecine, Joseph Audic découvre les traditions des peuples autochtones.

Ne parlant que quelques mots de leur langue, il communique principalement par gestes.

Il assiste également aux enseignements religieux donnés dans certaines missions et observe avec beaucoup d’intérêt les coutumes des différentes nations amérindiennes.

Ces témoignages constituent aujourd’hui des documents précieux sur les relations entre médecins européens et peuples autochtones au début du XXᵉ siècle.


Une famille profondément engagée

L’engagement de la famille Ménager dépasse largement le domaine médical.

Cinq enfants deviennent religieux ou religieuses.

Certains enseignent dans les missions de Saint Ignatius, d’autres auprès des peuples Crow et Blackfoot du Montana.

Édouard Ménager décède en 1910 de la tuberculose.

Il repose aujourd’hui dans le cimetière de la mission jésuite de Saint Ignatius, au cœur de la réserve des Flatheads.

Henriette Louise Le Provost Menager (19 juin 1858 – 13 août 1934) était l’épouse d’Edouard Menager et la mère d’une famille profondément engagée dans la foi catholique, dont trois fils devinrent prêtres jésuites (S.J.) et deux filles religieuses ursulines (O.S.U.).

Henriette Le Provost Ménager

Henriette Le Provost Ménager, née le 16 juin 1856 – décédée le 13 août 1934, inhumée à Santa-Clara, en Californie – y reposent également ses fils, Edward Ménager, S.J., Cornélius, S.J. et Gabrielle Ménager, S.J.

S.J. est l’abréviation latine de Societas Jesu, qui signifie Compagnie de Jésus en français.


Une page méconnue de l’histoire bretonne

L’histoire d’Édouard Ménager et de Joseph Audic rappelle que l’émigration bretonne ne se résume pas aux agriculteurs, aux marins ou aux commerçants.

Certains Bretons ont parcouru des milliers de kilomètres pour devenir médecins, missionnaires, enseignants ou explorateurs au cœur des territoires les plus reculés d’Amérique du Nord.

Leur parcours témoigne du courage, de l’esprit d’aventure et de la capacité d’adaptation qui caractérisèrent de nombreux émigrants bretons au tournant du XXᵉ siècle.

Aujourd’hui encore, leur mémoire est conservée grâce aux recherches de Bretagne TransAmerica, qui met en lumière ces destins exceptionnels ayant contribué à tisser des liens durables entre la Bretagne et l’Amérique.

maison-audic

En 1914, Joseph Audic est mobilisé pour la Grande Guerre, blessé, et la propriété canadienne est vendue… Il poursuivra son métier de médecin en Bretagne.


Sources historiques

Les informations présentées dans cet article proviennent des recherches réalisées par Bretagne TransAmerica, complétées par des archives consacrées à la famille Ménager, à Joseph Audic et à la colonisation française de Duck Lake en Saskatchewan.

1 commentaire pour “Deux médecins bretons chez les peuples autochtones d’Amérique du Nord”

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