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Accueil » Le « Lac Ontario » existait avant les Etats-Unis ! Un Gourinois d’adoption l’a cartographié en 1747.

Le « Lac Ontario » existait avant les Etats-Unis ! Un Gourinois d’adoption l’a cartographié en 1747.

Quand Donald Trump veut rebaptiser le lac Ontario : l’étonnante histoire du cartographe breton de 1749

Document officiel: Carte d’un Voyage Fait Dans La Belle Rivière En la Nouvelle France M DCC XLIX. Par le Révérend Père Bonnecamps, Mathématicien Jésuite, décédé au château de Tronjoly à Gourin en 1790 et reposant dans l’église de Gourin.

Près de trois siècles avant que Donald Trump ne décide de rebaptiser le lac Ontario « Lake America », un savant breton parcourait et cartographiait cette région stratégique de l’Amérique du Nord. Son nom : Joseph-Pierre de Bonnécamps. Jésuite, mathématicien et hydrographe, il participa en 1749 à une extraordinaire expédition française vers l’Ohio, alors appelé « Belle Rivière ». Il terminera sa vie au château de Tronjoly à Gourin.

Donald Trump veut transformer le lac Ontario en « Lake America »

Le 27 août 2026, le président américain Donald Trump a signé un décret demandant que le lac Ontario soit désormais désigné par l’administration fédérale américaine sous le nom de « Lake America ».

Photo: TF1

Le texte demande au secrétaire américain à l’Intérieur et au Board on Geographic Names de prendre, dans un délai de 30 jours, les mesures nécessaires pour modifier les références fédérales au lac. (whitehouse.gov)

Cette décision intervient dans un contexte de fortes tensions commerciales entre les États-Unis et le Canada. Donald Trump avait évoqué publiquement cette idée deux jours auparavant, alors que les relations avec le gouvernement canadien se dégradaient. (washingtonpost.com)

La réaction canadienne ne s’est pas fait attendre. Le Premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a notamment fait installer un immense panneau bilingue proclamant :

« Lake Ontario. Now and Always. »

lac ontario aujourd'hui et pour toujours

Le débat dépasse donc largement la géographie : il touche à l’histoire, à l’identité canadienne et aux relations entre les deux pays. (apnews.com)

Mais le nom Ontario est beaucoup plus ancien que les États-Unis

L’un des aspects les plus intéressants de cette polémique est que le nom Ontario précède aussi bien les États-Unis que le Canada moderne.

Son origine est autochtone. L’Associated Press rapporte notamment son rattachement au terme huron-wendat oniatarí:io, généralement interprété comme faisant référence à un « lac aux eaux scintillantes ». (washingtonpost.com)

Et nous disposons d’un témoignage cartographique particulièrement intéressant de l’utilisation ancienne de ce nom.

Il nous ramène directement en Bretagne.

1749 : un Breton dessine le « LAC ONTARIO »

Son nom est Joseph-Pierre de Bonnécamps.

Né à Vannes en 1707, ce jésuite est mathématicien, astronome et hydrographe. Il exerce notamment les fonctions de professeur d’hydrographie à Québec.

En 1749, il est choisi pour participer à une importante expédition française dirigée par l’officier Pierre-Joseph Céloron de Blainville.

Son objectif est autant scientifique que stratégique : Bonnécamps doit observer le territoire, déterminer des positions géographiques et contribuer à améliorer les connaissances cartographiques françaises.

La mission va donner naissance à un document exceptionnel.

Une carte manuscrite vieille de 277 ans

La carte porte un titre magnifique :

« Carte d’un voyage fait dans la Belle Rivière en la Nouvelle-France MDCCXLIX par le Révérend Père Bonnécamps, Jésuite mathématicien ».

Elle date de 1749.

Bibliothèque et Archives Canada la décrit comme une carte manuscrite coloriée d’environ 90 × 79,5 cm. Elle comporte notamment une rose des vents et indique les villages, les endroits où des observations de latitude furent réalisées ainsi que les lieux où les Français enterrèrent des plaques de plomb destinées à matérialiser leur revendication territoriale. (recherche-collection-search.bac-lac.gc.ca)

Et lorsqu’on regarde cette carte aujourd’hui, un détail prend une saveur particulière compte tenu de l’actualité de 2026 :

Bonnécamps écrit déjà très clairement « LAC ONTARIO ».

En toutes lettres.

En 1749, soit 27 ans avant la déclaration d’indépendance des États-Unis.

La « Belle Rivière » n’est pas le lac Ontario

Une précision s’impose cependant.

La « Belle Rivière » figurant dans le titre de la carte de Bonnécamps ne désigne pas le lac Ontario.

Il s’agit de l’Ohio.

Les Français utilisaient alors cette appellation pour désigner le grand axe fluvial qui allait devenir l’un des principaux enjeux de la lutte entre la Nouvelle-France et les colonies britanniques.

La carte de Bonnécamps permet précisément de comprendre cette géographie.

Depuis le Saint-Laurent, on distingue le lac Ontario, puis le lac Érié, avant de suivre les rivières conduisant vers la vallée de l’Ohio.

Le gouvernement canadien rappelle d’ailleurs que les expéditions françaises de Céloron et Bonnécamps de 1749 contribuèrent à l’exploration et à la cartographie de cette vallée. (open.canada.ca)

Une carte qui est aussi un instrument politique

La carte n’est pas seulement scientifique.

Elle est réalisée dans un contexte de confrontation croissante entre la France et la Grande-Bretagne pour le contrôle de l’intérieur de l’Amérique du Nord.

Pour les Français, l’enjeu est considérable.

La vallée de l’Ohio constitue une sorte de trait d’union entre les possessions françaises du Canada et celles de la vallée du Mississippi et de la Louisiane.

Mais les commerçants et colons britanniques progressent vers l’ouest.

Le gouverneur de Nouvelle-France, La Galissonière, s’en inquiète suffisamment pour envoyer Céloron dans la région.

Une lettre officielle du 26 juin 1749 explique très clairement les objectifs de l’expédition : éloigner les négociants anglais, réaffirmer la possession française du territoire et déterminer quels établissements pourraient y être créés. Le même document précise que Bonnécamps doit apporter une connaissance géographique précise du pays. (nouvelle-france.org)

Des plaques de plomb enterrées au nom de Louis XV

Céloron et ses hommes ne se contentent donc pas de parcourir le territoire.

Ils en prennent symboliquement possession au nom du roi Louis XV.

Six plaques de plomb sont enterrées le long du parcours.

La première l’est le 29 juillet 1749, près de l’actuelle Warren, en Pennsylvanie.

Ces plaques proclament la revendication française sur l’Ohio et les territoires drainés par ses affluents. Les armes du roi sont également placées sur des arbres lors des cérémonies de prise de possession. (jesuitsourcesdigital.bc.edu)

Et Bonnécamps fait quelque chose d’extraordinairement précieux pour l’historien :

il indique sur sa carte les endroits où ces plaques ont été enterrées. (recherche-collection-search.bac-lac.gc.ca)

La carte devient ainsi simultanément un document scientifique, géographique et politique.

De Bonnécamps à… George Washington

L’histoire prend alors une dimension encore plus étonnante.

La France et la Grande-Bretagne vont progressivement renforcer leurs positions dans la vallée de l’Ohio.

Quelques années seulement après le voyage de Bonnécamps, en 1753, les Britanniques envoient un jeune officier de Virginie demander aux Français de quitter la région.

Il n’a que 21 ans.

Son nom est George Washington.

L’année suivante, Washington participe aux premiers affrontements entre Britanniques et Français dans la vallée de l’Ohio.

Cette confrontation contribue à déclencher la French and Indian War, qui s’intègre ensuite à partir de 1756 dans le conflit beaucoup plus vaste de la guerre de Sept Ans.

Ainsi, les territoires cartographiés par le Breton Bonnécamps en 1749 se retrouvent quelques années plus tard au cœur de l’affrontement qui va bouleverser l’Amérique du Nord.

Et l’histoire se termine… à Gourin

C’est probablement la partie la plus extraordinaire de cette histoire pour les visiteurs du château de Tronjoly.

Après sa longue carrière en Nouvelle-France, Joseph-Pierre de Bonnécamps revient en Bretagne.

Il devient précepteur dans la famille L’Ollivier de Tronjoly.

Et c’est au château de Tronjoly à Gourin qu’il meurt le 28 mai 1790, à l’âge de 82 ans.

Le même château accueille aujourd’hui les activités et expositions consacrées par Bretagne Transamerica à l’histoire des Bretons d’Amérique.

Le lien entre Gourin et l’Amérique est donc bien plus ancien que la grande émigration bretonne des XIXᵉ et XXᵉ siècles.

De « LAC ONTARIO » en 1749 à « Lake America » en 2026

L’actualité donne finalement à la carte de Bonnécamps une résonance inattendue.

En 1749, le savant breton inscrivait sur son manuscrit :

« LAC ONTARIO »

En 2026, soit 277 ans plus tard, Donald Trump ordonne à l’administration fédérale américaine de lui substituer :

« LAKE AMERICA ». (whitehouse.gov)

Entre ces deux dates se trouvent la Nouvelle-France, la conquête britannique, la naissance des États-Unis, celle du Canada et près de trois siècles d’histoire commune autour des Grands Lacs.

Mais la carte de Bonnécamps rappelle surtout une chose : les noms géographiques sont eux-mêmes des témoins de l’Histoire.

Et celui d’Ontario était déjà inscrit sur les cartes françaises alors que les États-Unis n’existaient pas encore.