Le premier grand affrontement naval de la guerre d’indépendance américaine
Le 27 juillet 1778, au large de la Bretagne, la France et la Grande-Bretagne s’affrontent dans une bataille navale qui marque le début d’un conflit mondial. Si cette bataille est souvent oubliée, elle constitue pourtant un épisode majeur de la guerre d’indépendance américaine. À quelques kilomètres de l’île d’Ouessant, la Marine royale française démontre qu’elle est de nouveau capable de rivaliser avec la Royal Navy britannique.

Photo: wikipedia
Les forces en présence
- France : environ 30 vaisseaux de ligne
- Grande-Bretagne : environ 29 vaisseaux de ligne
Une guerre qui dépasse les frontières américaines
Lorsque les treize colonies américaines déclarent leur indépendance le 4 juillet 1776, elles affrontent seules la plus grande puissance maritime du monde : la Grande-Bretagne.
Pendant près de deux ans, la France apporte une aide discrète aux insurgés américains. Mais après la victoire américaine de Saratoga en 1777, le roi Louis XVI décide de soutenir officiellement les futurs États-Unis. Le traité d’alliance franco-américain est signé le 6 février 1778.
Cette décision transforme une guerre coloniale en un véritable conflit international. Les océans deviennent alors un immense champ de bataille.
Les flottes se rencontrent au large d’Ouessant
Le 27 juillet 1778, deux des plus puissantes flottes du monde se retrouvent face à face au large de l’île d’Ouessant.


La flotte française est commandée par le comte Louis Guillouet d’Orvilliers (à gauche), un officier expérimenté respecté pour sa prudence et sa discipline. Face à lui se trouve l’amiral britannique Augustus Keppel (à droite), chargé de protéger les côtes anglaises.
La France aligne une trentaine de vaisseaux de ligne, dont le majestueux Bretagne, navire amiral armé de plus de cent canons. Les Britanniques disposent d’une flotte comparable, menée par le célèbre HMS Victory, qui deviendra quelques décennies plus tard le navire amiral de l’amiral Nelson.


Maquette du musée de la Marine de Brest: Le plus imposant bâtiment français est la Bretagne, portant plus de 100 canons.
Les deux lignes de bataille s’étendent sur plusieurs kilomètres, offrant un spectacle impressionnant de voiles blanches et de puissants navires de guerre.

Plusieurs heures de combat
Après plusieurs jours de manœuvres, les deux flottes ouvrent le feu.
Pendant des heures, les vaisseaux échangent des bordées de canons dans un fracas assourdissant. Les équipages travaillent sans relâche pour recharger les pièces d’artillerie, réparer les mâts endommagés et maintenir les navires en ligne.
Au cours de l’affrontement, une ouverture apparaît dans la ligne britannique. Certains officiers français estiment qu’une attaque décisive permettrait de couper la flotte ennemie en deux. Mais les ordres restent prudents et cette occasion n’est finalement pas exploitée.
Lorsque la fumée se dissipe, aucun des deux camps ne peut revendiquer une victoire décisive.
Une victoire stratégique pour la France
Sur le plan militaire, la bataille est généralement considérée comme indécise.
Aucun vaisseau n’est capturé et les deux flottes regagnent leurs ports pour réparer leurs navires.
Pourtant, l’impact stratégique est considérable.
Moins de vingt ans après les lourdes défaites de la guerre de Sept Ans, la Marine française démontre qu’elle est redevenue capable d’affronter d’égal à égal la Royal Navy. Cette réussite redonne confiance à la France et inquiète profondément les Britanniques.
Surtout, la bataille d’Ouessant marque le début d’une longue campagne navale qui s’étendra jusqu’aux Antilles, à l’océan Indien et aux côtes de l’Amérique du Nord.
Une étape vers l’indépendance des États-Unis
La bataille d’Ouessant n’a pas permis de remporter une victoire spectaculaire, mais elle ouvre une nouvelle phase de la guerre.
Au cours des années suivantes, la marine française jouera un rôle déterminant dans plusieurs opérations majeures.
En 1781, la victoire de l’amiral de Grasse lors de la bataille de la baie de Chesapeake empêchera les Britanniques de secourir leurs troupes encerclées à Yorktown. Quelques semaines plus tard, l’armée britannique capitulera devant les forces américaines commandées par George Washington, avec le soutien des troupes françaises de Rochambeau et de nombreux officiers français, parmi lesquels le Breton Armand Tuffin de La Rouërie et le marquis de Lafayette.
Sans la maîtrise temporaire de la mer acquise grâce à la marine française, cette victoire décisive aurait été beaucoup plus difficile.
Une bataille bretonne aux conséquences mondiales
Pour les Bretons, la bataille d’Ouessant possède une dimension particulière.

Elle s’est déroulée à quelques milles des côtes du Finistère, sous les yeux des habitants d’Ouessant et des marins bretons qui servaient en grand nombre à bord des vaisseaux du roi.
Elle rappelle que la Bretagne fut bien davantage qu’un simple point de départ vers l’Amérique : elle fut également l’un des principaux théâtres des opérations qui contribuèrent à la naissance des États-Unis.
À l’occasion du 250ᵉ anniversaire de l’indépendance américaine, cette bataille mérite d’être redécouverte. Elle illustre le rôle essentiel joué par la France et par la Bretagne dans une aventure qui allait changer durablement l’histoire du monde.
Le saviez-vous ?
- La bataille d’Ouessant est le premier grand affrontement naval entre la France et la Grande-Bretagne durant la guerre d’indépendance américaine.
- Près de 60 vaisseaux de ligne participent au combat, soit plus de 4 500 canons.
- Le HMS Victory, futur navire de l’amiral Nelson à Trafalgar, participe déjà à cette bataille.
- Des milliers de marins bretons servent alors dans la Marine royale française.
- Cette bataille inaugure une série d’opérations navales qui permettront, trois ans plus tard, la victoire franco-américaine de Yorktown.
Sources :
- Service historique de la Défense.
- Musée national de la Marine.
- Archives de la Marine française.
- Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence.


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