Il a provoqué une émigration de masse vers l’Amérique du Nord!

L’histoire de Nicolas Le Grand, de Roudouallec, le « premier » à partir, est devenue mythique parmi les habitants du centre Bretagne.
Ce modeste tailleur (NDLR: de vêtements*) avait fait cinq ans de service militaire à Tours, assez de temps pour s’imprégner des histoires attrayantes de la vie du Nouveau Monde d’un soldat de chambrée.
De retour chez lui, Nicolas se marie, a deux enfants et reprend son métier, allant de ferme en ferme pour gagner durement un salaire dérisoire de 12 sous par jour.
Les histoires des Etats-Unis, où parait-il on pouvait faire fortune, occupaient toujours son esprit à tel point qu’il en parle à deux amis (Job Daouphars et Loeiz Bourhis).
D’un tailleur de vêtements des Montagnes Noires à l’aventure américaine
Nicolas Mathurin Legrand naît le 3 juillet 1852 à Roudouallec, au cœur du Morbihan. Issu d’un milieu modeste, il grandit dans une famille de travailleurs. Son père, Paul, façonne la pierre pour gagner sa vie, tandis que sa mère, Marie-Josèphe Legoff, exerce le métier de couturière. Nicolas est le troisième d’une fratrie de cinq enfants. Dès son plus jeune âge, il participe aux tâches familiales et découvre la rudesse du travail dans les Montagnes Noires, où la vie quotidienne laisse peu de place au confort.
Devenu adulte, il suit naturellement la voie paternelle et apprend le métier de tailleur de pierres. À vingt ans, il est appelé sous les drapeaux pour effectuer son service militaire. Cette période marque un tournant décisif dans son existence. Affecté au 72ᵉ régiment à Tours, il se lie d’amitié avec un camarade qui, durant les cinq années de service, ne cesse de lui décrire les opportunités offertes par les États-Unis. Ces récits, évoqués plus tard par Nicolas lui-même dans un journal brestois de 1927, s’ancrent durablement dans son esprit.
De retour à Roudouallec en septembre 1877, Nicolas reprend sa vie civile. Le 26 décembre de la même année, il épouse Marie-Françoise Bouedec, le même jour que son frère Toussaint. Le couple fonde rapidement une famille. Deux filles naissent coup sur coup : Marie-Josèphe en mai 1879, puis Marie-Louise en septembre 1880. Malgré leur courage, les conditions de vie restent difficiles. Les revenus sont faibles et les perspectives limitées. Marie-Françoise multiplie les petits métiers pour faire vivre le foyer : couture, ménage, repassage.
Nicolas évoquera plus tard cette période avec amertume, expliquant qu’il faisait vivre sa famille avec un salaire dérisoire, situation qui ravivait sans cesse les souvenirs des promesses entendues durant son service militaire.
Le grand départ vers le Nouveau Monde
En 1881, décidé à changer son destin, Nicolas quitte la Bretagne et rejoint Le Havre, où il embarque pour l’Amérique du Nord. Il laisse temporairement derrière lui sa femme et ses deux enfants, convaincu que ce sacrifice ouvrira la voie à un avenir meilleur. Il voyage en compagnie de deux compatriotes bretons : Loeiz Bourhis, dont il perdra rapidement la trace, et Job Dauphars, un paysan originaire de Gourin, qui ne survivra pas longtemps après son retour en Bretagne.
Le groupe arrive d’abord au Canada, où ces Bretons se reconvertissent en bûcherons. Après quelque temps, ils poursuivent leur route vers le sud et franchissent la frontière américaine. Là, les emplois ne manquent pas. Nicolas travaille successivement dans des fermes, puis dans des usines. Il se déplace beaucoup, saisissant chaque occasion de mieux gagner sa vie. Dans le Connecticut, son salaire quotidien atteint des sommes inimaginables en Bretagne. En Pennsylvanie, il est embauché dans une usine sidérurgique avec une paie mensuelle très confortable pour l’époque.
Le travail est dur, mais la rémunération est à la hauteur. Pour ces paysans bretons, l’Amérique tient ses promesses. Après avoir mis de l’argent de côté et constitué une épargne solide, Nicolas et ses compagnons décident de rentrer au pays en 1884.

Les photos de Nicolas Legrand sont très rares. Nous avons soumis à l’AI la petite photocopie du journal et avons obtenu cette photo beaucoup plus sympathique pour lui.
Retour en Bretagne et nouvelle prospérité
De retour à Roudouallec, Nicolas retrouve sa famille. De ces retrouvailles naît rapidement un fils, Mathurin-Guillaume, en juillet 1885. La famille s’agrandit encore avec la naissance de Louis-Marie en janvier 1888, puis de Marie-Françoise en septembre 1889. L’activité économique du foyer s’intensifie. Marie-Françoise tient désormais un commerce et un débit de boissons, devenant une figure active du bourg.
Le parcours de Nicolas impressionne. Parti sans ressources, il revient avec de l’argent, des projets et une nouvelle assurance. Son expérience américaine fait de lui un modèle dans le village. Beaucoup voient en lui la preuve qu’un autre avenir est possible.
L’appel irrésistible de l’Amérique
Pourtant, l’histoire ne s’arrête pas là. En 1890, une scène restée célèbre se déroule chez Nicolas. Un groupe de voisins, sur le point de partir pour l’Amérique, se réunit chez lui pour célébrer leur départ. Tous l’exhortent à les accompagner et à les guider. La soirée avance, les discussions s’animent, et un pari est lancé : Nicolas repartira. Les futurs émigrants vont jusqu’à promettre de ne régler leurs consommations que s’il accepte de les accompagner jusqu’au Havre.
Malgré les réticences de son épouse, Nicolas cède à l’insistance générale et reprend une nouvelle fois la route de l’Amérique. Il y séjourne trois années supplémentaires. Cette fois encore, l’expérience est fructueuse. Le groupe tient parole et le rémunère pour son rôle de guide. Nicolas assure définitivement l’avenir de sa famille.
De retour en Bretagne en 1893, il retrouve son foyer pour de bon. Trois nouveaux enfants naissent ensuite : Jean-Pierre en 1894, Louise en 1896 et Anne-Marie en 1904. Nicolas est alors un homme mûr, installé et respecté. Grâce aux économies rapportées de ses séjours outre-Atlantique, il possède une maison et des terres qu’il cultive à Roudouallec.
Un pionnier de l’émigration bretonne
Le courage et l’audace de Nicolas ont porté leurs fruits. Son parcours devient une source d’inspiration bien au-delà de son village. À Roudouallec, mais aussi à Gourin, Guiscriff ou Leuhan, l’Amérique fait rêver. Traverser l’Atlantique apparaît comme une voie possible vers la réussite.
Nicolas Mathurin Legrand s’impose ainsi comme l’un des précurseurs de l’émigration bretonne vers l’Amérique du Nord. Entre 1880 et 1970, ce sont environ 115 000 Bretons qui tenteront l’aventure. Aujourd’hui encore, l’empreinte de cette émigration demeure bien visible de l’autre côté de l’océan, témoignage durable de ces destins forgés par l’exil et l’espoir.

Qu’à cela ne tienne, ils décident de partir!
Les trois compères vont à Quimper pour obtenir un passeport, qu’ils signeront d’un « X »; ils empruntent pour acheter le billet pour la traversée (Nicolas emprunte 300 francs à son oncle) et en avril 1881 ils partent à pied pour Morlaix où ils prennent un bateau pour Le Havre.
Après quatre ans de dure labeur comme bûcheron au Canada, fermier dans le Connecticut, ouvrier métallurgiste en Pennsylvanie et cheminot sur la nouvelle ligne North Pacific, Nicolas revient « au pays ».



C’est la stupéfaction, les villageois le croyaient dévoré par les Peaux Rouges!
Nicolas n’avait pu donner de ses nouvelles car il ne savait ni lire ni écrire. Mais ses poches sont pleines et ses aventures feront rêver les futurs candidats à l’aventure.
J. Calvez, de Langonnet, partira en 1882; Job Daouphars repartira en 1887, entraînant dans son sillage une colonie de Bretons dans le Connecticut.
En 1890, un groupe de douze hommes (P. Colléou, J. et F. Hélias…) tentent leur chance. En 1892, F. Le Corre, de Langonnet, avec sa femme et leurs cinq enfants, part du port de Boulogne.
Ce n’est que le début d’une longue liste de noms de Bretons partis du centre de la Bretagne…
Extrait du livre « Ces Bretons d’Amérique du Nord » de Josette Jouas, Christian Le Corre et Christiane Jamet – Mémoires – éditions Ouest-France.
*Précision à ce qui est dit dans le film « La grande traversée » de Philippe Orriendy, Nicolas Le Grand était tailleur de pierre au départ et ensuite tailleur de vêtement.

Hommage à Nicolas Le Grand

Hommage consacré à Nicolas Le Grand, pionnier de l’émigration bretonne en Amérique du nord, le dimanche 25 septembre 2022, à 11 h 30, à Roudouallec.
Cette manifestation est organisée en partenariat avec la mairie de Roudouallec, les associations Gourinoises « Gourin Historique », « Bretagne TransAmerica », « Amicale des Anciens Combattants », « Souvenir Français » et Tud Ar Vro Ar Menez Du (Gens du Pays des montagnes noires) », de Roudouallec.
Au programme : cérémonie commémorative et dévoilement de la plaque installée sur la façade de la maison, d’où est parti Nicolas Le Grand, lors de sa première migration; vin d’honneur.

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