Aller au contenu
Accueil » En 1993, « Bretagne North America » racontait déjà l’Amérique depuis Gourin

En 1993, « Bretagne North America » racontait déjà l’Amérique depuis Gourin

Ce dimanche 6 septembre 2026 marque le dernier jour de l’exposition estivale de Bretagne TransAmerica au château de Tronjoly, à Gourin. Cette clôture est l’occasion de se replonger dans l’histoire de ces rendez-vous consacrés à l’émigration bretonne vers l’Amérique du Nord, dont la première grande exposition, intitulée « Bretagne North America », fut présentée en 1993. Depuis trente-trois ans, photographies, objets, archives et témoignages font ainsi revivre les parcours de milliers de Bretons partis construire une nouvelle vie aux États-Unis et au Canada.

Un article de presse retrouvé témoigne des ambitions de l’association il y a plus de trente-cinq ans

En septembre 1993, une journaliste consacrait « L’expo de la semaine » à l’exposition Bretagne North America, présentée au domaine de Tronjoly à Gourin. Sous le titre très américain « Made in Gourin », l’article racontait l’histoire des habitants des Montagnes Noires partis tenter leur chance aux États-Unis et au Canada.

Article Made in Gourin Bretagne North America

Plus de trente-trois ans après sa publication, ce document constitue un précieux témoignage sur les premières expositions consacrées à l’émigration bretonne. Il montre surtout qu’une ambition essentielle animait déjà l’association : créer à Gourin un lieu permanent consacré aux Bretons d’Amérique.

Gourin, capitale de l’émigration bretonne

L’article débute par une invitation familière aux pionniers : « Go West ! » À la fin du XIXe siècle et pendant une grande partie du XXe siècle, des milliers de Bretons quittèrent en effet leur pays natal pour traverser l’Atlantique.

La région de Gourin et des Montagnes Noires fut particulièrement touchée par ces départs. Le manque de terres, les faibles revenus agricoles et l’absence de perspectives encourageaient les jeunes hommes, puis des familles entières, à chercher une vie meilleure en Amérique du Nord.

Certains partirent définitivement. D’autres revinrent passer leur retraite en Bretagne ou retrouver leur famille pendant les vacances. Beaucoup conservèrent également une maison, une terre ou un héritage au pays. L’article rapporte ainsi que des dizaines de courriers étaient encore envoyés chaque année aux États-Unis pour le règlement des taxes foncières.

Ces liens administratifs et matériels traduisaient une réalité plus profonde : même installés de l’autre côté de l’océan, les émigrés n’avaient jamais complètement rompu avec la Bretagne.

Une exposition conçue comme un voyage

Installée dans les salles du château de Tronjoly, l’exposition ne se contentait pas d’aligner des photographies et des documents. Elle cherchait à faire ressentir aux visiteurs ce que les émigrants avaient vécu.

Une ferme bretonne évoquait le monde rural qu’ils avaient quitté. La reconstitution du pont d’un navire rappelait la longue traversée de l’Atlantique, avec ses espoirs, ses incertitudes et ses angoisses. Des photographies, des projections et des objets racontaient ensuite leur arrivée et leur intégration en Amérique.

La visite prenait une dimension particulièrement vivante grâce aux témoignages des anciens émigrés et de leurs familles. Plusieurs visiteurs apportaient eux-mêmes leurs souvenirs, enrichissant progressivement la mémoire collective conservée à Gourin.

L’exposition s’adressait ainsi aux anciens « Américains », mais également à leurs descendants, aux familles demeurées en Bretagne et à tous ceux qui souhaitaient comprendre cette aventure humaine.

De Roudouallec jusqu’aux grands espaces américains

L’article revient notamment sur le parcours de Nicolas Le Grand, tailleur originaire de Roudouallec, parti en avril 1881. Considéré comme l’un des pionniers de cette émigration, il travailla en Amérique avant de revenir au pays. Son expérience contribua à faire naître, chez de nombreux habitants de la région, l’espoir d’une vie plus prospère outre-Atlantique.

Le texte évoque également la famille Ulliac, partie au Canada alors que son chef de famille avait déjà 53 ans. Installés sur de nouvelles terres, ses membres devinrent propriétaires de domaines plus vastes que ceux sur lesquels ils avaient travaillé en Bretagne.

Tous les émigrés ne firent cependant pas fortune. Ils devinrent agriculteurs, défricheurs, bûcherons, ouvriers, restaurateurs ou soldats. Certains Bretons de la région de Gourin travaillèrent notamment dans l’usine Michelin de Milltown, dans le New Jersey. D’autres ouvrirent des restaurants à New York et dans les grandes villes américaines.

Ces trajectoires très différentes partageaient un même point de départ et, souvent, un attachement durable à la Bretagne.

Une identité bretonne entretenue en Amérique

L’intégration dans la société américaine n’empêcha pas les émigrés de préserver leurs traditions. À New York, les Bretons se retrouvaient lors de fêtes, parlaient leur langue et organisaient leurs propres rassemblements.

Stade Breton de New-York

L’article mentionne les festoù-noz new-yorkais, l’élection d’une « Duchesse Anne » et le rôle du Stade Breton. Ces associations permettaient aux nouveaux arrivants de trouver de l’aide, du travail et des relations, mais aussi de transmettre leur culture à leurs enfants.

bal des ajoncs d'or

La photographie d’une Cadillac devant des gratte-ciel illustre, avec une certaine fascination, le « rêve américain ». Elle rappelle l’image de réussite qui accompagnait alors le retour de certains émigrés. Derrière ce symbole se trouvaient néanmoins des années de travail, des séparations familiales et des parcours parfois difficiles.

bretagne north america

Des voyages organisés dès 1965

Une autre photographie de l’article montre un groupe réuni autour d’un avion en 1965. Sa légende rappelle que l’Association des Parents d’Émigrés en Amérique du Nord, l’APEAN, organisait alors ses premiers voyages.

bretagne transamerica

Ces déplacements collectifs furent essentiels pour maintenir les relations entre les deux rives de l’Atlantique. Ils permettaient aux familles bretonnes de retrouver leurs proches installés aux États-Unis ou au Canada, à une époque où les voyages aériens demeuraient coûteux et exceptionnels.

Cette activité constitue l’une des racines de Bretagne TransAmerica. Avant de devenir un acteur de la conservation historique, l’association avait d’abord contribué à rapprocher concrètement les familles séparées par l’océan.

La statue de la Liberté, nouveau symbole de Gourin

liberty

Sur l’une des photographies, la statue de la Liberté se dresse devant les drapeaux breton et américain. La réplique offerte par Air France était alors devenue le symbole visible des liens unissant Gourin à l’Amérique.

Cette statue rappelait les milliers de voyageurs de la région qui avaient acheté leur billet auprès de l’agence de Roudouallec. Elle symbolisait aussi leur arrivée dans le port de New York, où la véritable statue de la Liberté apparaissait comme la promesse d’une nouvelle existence.

Depuis cette époque, Miss Liberty est devenue indissociable de Gourin et de la mémoire de l’émigration bretonne.

Un projet de musée déjà en marche

La dernière partie de l’article prend aujourd’hui une résonance particulière. L’association souhaitait rendre l’exposition permanente et établir à Gourin un véritable musée de l’émigration.

Son ambition allait même plus loin : faire de la ville le centre d’un réseau culturel et économique réunissant les descendants des Bretons dispersés à travers le monde. L’objectif était de transformer cette histoire douloureuse, qui avait longtemps privé la région d’une partie de sa population, en une force pour l’avenir.

L’article concluait par ces mots : « Une idée en marche, une idée à suivre… »

Trente-six ans plus tard, cette idée continue de guider Bretagne TransAmerica. Expositions, recherches, témoignages, archives et rencontres permettent toujours de raconter les destins des Bretons partis en Amérique et de maintenir le lien avec leurs descendants.

Une archive précieuse pour Bretagne TransAmerica

Ce document ne raconte donc pas seulement une exposition organisée en 1993. Il témoigne d’une étape déterminante dans la construction d’une mémoire collective.

Les décors, les objets et les photographies ont pu évoluer, tout comme les connaissances historiques. Mais la mission demeure : faire connaître les raisons du départ, les conditions du voyage, la vie des émigrés et les liens qu’ils conservèrent avec leur pays natal.

En retrouvant cet article, Bretagne TransAmerica redécouvre aussi une part de sa propre histoire. Dès 1993, Gourin ne voulait déjà plus seulement se souvenir de ses émigrés : elle voulait transmettre leur aventure et bâtir, grâce à eux, un pont durable entre la Bretagne et l’Amérique.

Source : article « Bretagne North America – Made in Gourin », signé Haude Giret, publié en septembre 1993. La date exacte et le titre du journal restent à confirmer.

bretagne north america
Étiquettes: