Le 12 juin 2025, la plateforme bretonne de financement participatif Kengo.bzh fêtait ses 10 ans à Brest. Dix ans d’engagement pour le territoire, de soutien à des centaines de projets culturels, sociaux et économiques ancrés en Bretagne. À cette occasion, il nous semblait essentiel de rappeler l’une des réalisations emblématiques rendues possibles grâce à cet outil : la statue de la Liberté de Gourin, inaugurée le 6 aout 2023.

Mais avant de parler de financement, parlons d’histoire, de vision et de passion. Car cette statue n’est pas née d’une simple commande publique. Elle est l’aboutissement d’un rêve lancé dès 1986 par des Bretons amoureux des grands espaces américains, et tout particulièrement par l’association Bretagne Transamerica. Retour sur un projet de longue haleine, à la fois ancré dans les Montagnes Noires et tourné vers les Rocheuses.
1986 : un rêve né au pays des émigrés
Tout commence à Gourin, le 7 août 1986. Dans la salle des fêtes pleine à craquer, un jeune homme monte sur scène pour lancer un slogan devenu culte : « De New York à Roc’h Ruz : Des Montagnes Noires aux Montagnes Rocheuses ». C’est Patrick Bennjamin, animateur du gala organisé par l’association Bretagne Transamerica, qui lance l’idée. À ses côtés, Jean-Pierre Touchard, président du Stade Bretons de New-York, et de nombreux anciens émigrés. L’ambiance est électrique, les souvenirs d’exil sont encore vifs, et surtout, un rêve fou germe dans les esprits : dresser une statue de la Liberté à Gourin.
À cette époque, la ville est déjà marquée par son histoire migratoire. Depuis la fin du XIXe siècle, des milliers de Bretons sont partis tenter leur chance outre-Atlantique, notamment aux États-Unis et au Canada. La statue devait incarner ce lien historique, ce va-et-vient humain, social et culturel entre deux continents.
Mais les Bretons ne font jamais rien comme les autres. Le projet initial imaginait une statue tenant un biniou sous le bras et brandissant une hermine en lieu et place de la torche de la Liberté. Une vision humoristique, militante et résolument identitaire, qui plaisait au public et déroutait parfois les institutions.
Le projet de l’association : humour et symboles bretons

Comme en témoignait en 1987 le magazine Le Crapouillot, qui consacrait un dossier spécial à l’émigration bretonne aux États-Unis, ce projet de statue avait pour vocation de réconcilier la mémoire locale avec l’ouverture internationale, de faire dialoguer la tradition bretonne avec le rêve américain.
Sur un dessin humoristique publié à l’époque, on voit la statue tenant un gros biniou et une hermine levée haut dans le ciel. À sa base, on peut lire « GOURIN » en lettres capitales, comme un pied de nez à la Grosse Pomme. Cette maquette n’a jamais vu le jour, mais elle reste dans les mémoires comme l’essence même du projet originel.
C’est l’association Bretagne Transamerica, fondée par des passionnés de l’histoire de l’émigration bretonne, qui a porté ce rêve pendant plus de 30 ans. Elle a multiplié les actions culturelles, les échanges avec les Bretons d’Amérique, les festivals, les expositions, les émissions de radio. Et toujours, l’idée de la statue était là, comme un fil rouge.
2019 : l’appel à Kengo pour enfin donner vie à la statue
En 2019, après des années de projets, de ralentissements et de recherches de financement, l’association décide de faire appel à la plateforme Kengo.bzh. À l’époque, la solution du financement participatif semblait idéale pour impliquer la population locale et les Bretons du monde entier.
Lancée avec énergie, la campagne séduit rapidement. Les dons affluent, les partages sur les réseaux sociaux se multiplient, les médias locaux relaient le projet. Le rêve devient enfin possible. C’est aussi cela l’esprit Kengo : mettre la technologie au service d’un ancrage territorial, et donner aux citoyens les moyens de construire, ensemble, un avenir à leur image.
Une prise en main municipale en dernière minute
Pour permettre aux donateurs de bénéficier d’une défiscalisation, la municipalité de Gourin prend officiellement le relais du projet dans les derniers instants, tout en reconnaissant le rôle fondateur de l’association Bretagne Transamerica. Cette décision, bien que stratégique, ne doit pas faire oublier que l’idée, le concept, la vision, et même le dossier initial ont été portés par l’association.
La collaboration entre les citoyens, l’association et la mairie s’est faite dans un bon esprit, et la campagne de crowdfunding via Kengo a permis de rassembler les fonds nécessaires à la fabrication et l’installation de la statue.
2023 : une statue bien réelle, hommage à un peuple voyageur

La statue est inaugurée en 2023, au centre-ville de Gourin. Si elle ne tient finalement ni biniou, ni hermine, elle reste un symbole fort. Inspirée de celle de New York, elle rappelle le courage, la ténacité et les espoirs des Bretons partis à la conquête du Nouveau Monde.
La plaque commémorative apposée à sa base témoigne de cette histoire. Pour les anciens émigrés comme pour les jeunes générations, elle constitue un lieu de mémoire, un point de départ pour se souvenir, mais aussi pour rêver à nouveau. Le rêve transatlantique continue.
Kengo, moteur de la Bretagne solidaire
Si le projet a pu voir le jour, c’est aussi grâce à la vision portée par Kengo.bzh, qui fêtait donc ce 12 juin 2025 ses 10 années d’existence. En une décennie, la plateforme a permis de financer plus de 1 350 projets, collectant 5,5 millions d’euros et générant 2 500 emplois directs.
Kengo, c’est une idée simple mais puissante : « Les Bretons soutiennent les Bretons ». Qu’il s’agisse d’une boulangerie bio, d’un album de musique, d’un documentaire, ou d’une statue de la Liberté, la plateforme accompagne les porteurs de projets avec un accompagnement humain, des outils numériques et une forte dimension collective.
Bretagne Transamerica : plus qu’un projet, une mission
Pour Bretagne Transamerica, cette réalisation marque une étape importante dans son histoire. Mais l’association continue son travail : raconter, transmettre et valoriser la mémoire des Bretons d’Amérique. De nouveaux projets sont en gestation : podcasts, ouvrages, documentaires, événements transatlantiques…
La statue n’est pas une fin, mais un point de départ. Un symbole vivant d’un peuple qui n’a jamais cessé d’aller de l’avant.
Une statue, un symbole, un avenir
L’histoire de la Statue de la Liberté de Gourin est l’histoire d’une passion collective, d’un lien fort entre mémoire et modernité, entre passé migratoire et avenir solidaire. Elle incarne ce que la Bretagne a de plus précieux : son identité, sa diaspora, sa capacité à rêver grand tout en restant fidèle à ses racines.
Merci à Kengo, merci aux donateurs, merci à ceux qui, depuis 1986, ont cru qu’au pied des Montagnes Noires, une statue pouvait lever les yeux vers les Rocheuses.
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