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De Gourin à Ellis Island : le parcours des Bretons vers l’Amérique

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Un témoignage précieux

Le récit de M.-A. Hillion de Gourin nous plonge dans une réalité souvent oubliée : celle de milliers de Bretons ayant franchi l’Atlantique pour tenter leur chance en Amérique. Son passage par Ellis Island, au début du XXe siècle, résume à lui seul l’expérience de toute une génération d’émigrants.

« Je n’ai pas vu beaucoup de sourires, mais je suis heureuse d’être passée par Ellis Island parce que je ne connaissais pas l’anglais », confie-t-elle. Dans ces quelques mots se mêlent l’inquiétude, la vulnérabilité et le soulagement d’une jeune femme plongée dans l’inconnu.


Ellis Island, porte de l’Amérique

Entre 1892 et 1954, plus de 12 millions d’immigrants sont passés par Ellis Island. Située dans la baie de New York, l’île servait de centre de contrôle sanitaire et administratif pour ceux qui rêvaient du « Nouveau Monde ».

Le parcours était minutieusement organisé :

  • Un contrôle médical permettait d’écarter les personnes jugées malades ou inaptes au travail.
  • Un interrogatoire administratif vérifiait l’identité, la destination et les moyens de subsistance des nouveaux arrivants.
  • Enfin, les immigrants recevaient des étiquettes mentionnant leur destination finale, avant d’être dirigés vers les trains.

Pour beaucoup, ce passage était une épreuve redoutée. Mais pour M.-A. Hillion, la procédure s’est déroulée sans heurts. Elle insiste sur la bienveillance du personnel : « Ils ont vérifié tout, mais ils n’étaient pas stricts. Ils étaient gentils avec nous. »

les immigrants à Ellis Island

La Bretagne, terre d’émigration

Pourquoi tant de Bretons ont-ils quitté leur terre natale pour l’Amérique ? La réponse tient en plusieurs points :

  1. La pauvreté rurale : au tournant du XXe siècle, la Bretagne, en particulier le centre-Bretagne (Gourin, Roudouallec, Le Faouët…), souffrait d’une agriculture peu rentable. Les familles nombreuses ne pouvaient pas toujours nourrir tous leurs enfants.
  2. L’attrait du rêve américain : les lettres et les photos envoyées par les premiers émigrés entretenaient l’idée que l’Amérique était un pays d’opportunités, où le travail ne manquait pas.
  3. L’effet boule de neige : Gourin devint rapidement un fief de l’émigration bretonne. Chaque départ encourageait un nouveau, les familles se regroupant à l’étranger pour s’entraider.

Ainsi, des milliers de Bretons partirent vers le Massachusetts, le Maine ou encore New York, où ils travaillaient comme ouvriers, domestiques ou restaurateurs.

Crédit photo: exposition de photos d’autrefois de Gourin et des alentours (Municipalité de Gourin)


Une traversée éprouvante

Avant d’arriver à Ellis Island, il fallait franchir l’océan Atlantique. Les départs se faisaient souvent du Havre, direction New York.

  • La traversée en troisième classe (steerage) durait environ dix jours.
  • Les passagers dormaient dans des dortoirs collectifs, souvent insalubres.
  • La nourriture était sommaire, et le mal de mer fréquent.

À l’arrivée, la silhouette de la Statue de la Liberté apparaissait comme un symbole d’espoir. Mais cet espoir pouvait rapidement se transformer en peur : tout dépendait du verdict d’Ellis Island.

Ces Bretons d’Amérique au château de Tronjoly à Gourin


Le rôle d’Ellis Island pour les Bretons

Pour les Bretons, souvent peu instruits et ne parlant pas anglais, Ellis Island pouvait sembler une forteresse infranchissable. Pourtant, le système américain était aussi pragmatique qu’organisé :

  • Les contrôleurs vérifiaient surtout que les immigrants n’étaient pas malades et qu’ils savaient où aller.
  • Les étiquettes servaient de passeport vers leur nouvelle vie. Dans le cas de M.-A. Hillion, son billet mentionnait Lenox, Massachusetts.

Sans cette aide logistique, beaucoup se seraient perdus dans l’immense New York. Son témoignage illustre cette dépendance totale : « Je ne sais pas ce que j’aurais fait autrement. »


Ces Bretons d’Amérique au château de Tronjoly à Gourin

Un accueil mêlé de rigueur et de bienveillance

Contrairement à certaines légendes noires qui décrivent Ellis Island comme un lieu d’humiliation, le témoignage de M.-A. Hillion nuance cette vision.

  • Oui, les contrôles étaient stricts.
  • Mais dans son cas, les médecins et agents se montrèrent bienveillants.
  • On lui donna à manger, on lui indiqua son chemin, on l’accompagna jusqu’au train.

Ce mélange de rigueur administrative et de soutien pratique permit à des milliers de Bretons de franchir cette étape.


Lenox, Massachusetts : une destination bretonne

Pourquoi Lenox ? Située dans le Massachusetts, cette petite ville attira de nombreux immigrants européens, notamment bretons. Les Bretons y trouvaient du travail dans les usines textiles, les mines, la domesticité ou encore la restauration.

Les premiers installés accueillaient les nouveaux arrivants, leur offrant logement et emploi. Cette chaîne de solidarité expliquait la concentration des Bretons dans certains quartiers, qui devinrent de véritables « petits Gourin » en Amérique.


La mémoire de l’émigration

Aujourd’hui encore, à Gourin, l’émigration bretonne vers les États-Unis reste vivace. La ville abrite une réplique de la Statue de la Liberté et organise chaque année des événements en mémoire de ces départs.

Les témoignages comme celui de M.-A. Hillion permettent de garder vivante cette mémoire. Ils montrent que derrière les chiffres se cachent des destins individuels, marqués par l’inquiétude, le courage et l’espoir.

affiche statue liberté Gourin

Affiche de Jean-Marc Arthot à l’occasion de l’inauguration de la nouvelle statue de la Liberté de Gourin


Conclusion

Le passage de M.-A. Hillion par Ellis Island est l’histoire d’une femme ordinaire devenue témoin d’une aventure collective. À travers ses mots, on retrouve l’angoisse d’une migrante, mais aussi la gratitude envers un système qui, malgré sa rigueur, sut l’accompagner.

L’émigration bretonne fut un phénomène majeur du début du XXe siècle. Elle a marqué des générations entières, en Bretagne comme en Amérique. Ellis Island, avec sa rigueur et son humanité, fut le théâtre de ces passages décisifs.

Au-delà de son expérience personnelle, le témoignage de cette femme de Gourin éclaire l’histoire d’un peuple en quête d’une vie meilleure, porté par l’espoir d’un avenir plus prospère.


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